Gros plan sur l’exploitation sexuelle juvénile

Temps de lecture : 5 minutes

La rédaction

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Le phénomène de l’exploitation sexuelle des jeunes existe depuis toujours. Or, elle a été reconnue comme un problème de société dans le cadre de la Commission spéciale de 2019 sur l’exploitation sexuelle. D’ailleurs, à cet égard, le CCSMTL a déposé un mémoire et a eu le privilège de témoigner à cette commission. Un rapport de la commission a été déposé en décembre 2020.

Aussi, selon une compilation de données publiée par Statistique Canada, l’exploitation sexuelle et la violence sexuelle juvénile en ligne ont augmenté au Canada de 2014 à 2020. Les cas de jeunes exploités sexuellement sur l’internet ont atteint un sommet avec le confinement.

Le fléau de l’exploitation sexuelle juvénile est bien réel et le phénomène est présent tout au long de l’année.

La prostitution est un sujet qui touche la réalisatrice Geneviève Albert depuis qu’elle en a pris connaissance, à l’adolescence. « C’est présent, dans notre paysage, sans qu’on le questionne plus qu’il ne faut, et 25 ans plus tard, je ne comprends toujours pas cette transaction qui consiste à acheter le corps de la femme pour en disposer sexuellement. » C’est ce qui l’a motivée à réaliser le film Noémie dit oui*, qui a pris l’affiche dans plusieurs salles de cinéma au Québec, en avril dernier.

Noémie, une adolescente impétueuse mais attachante, vit dans un centre jeunesse depuis trois ans. Lorsqu’elle perd tout espoir d’être reprise par sa mère, Noémie fugue du centre en quête de repères et de liberté. Elle va rejoindre son amie Léa, une ancienne du centre, qui l’introduit à une bande de délinquants. Bientôt, elle tombe amoureuse du flamboyant Zach, qui s’avère être un proxénète. Fin stratège aux sentiments amoureux ambigus, Zach incite Noémie à se prostituer, mais seulement lors du weekend du Grand Prix. Récalcitrante au départ, Noémie dit « oui » lorsque Zach lui promet de partir avec elle en road trip avec l’argent qu’elle aura récolté. Elle tombera du jour au lendemain dans la vie d’escorte, et fera face aux conséquences du milieu de la prostitution.

Noémie dit oui, c’est sept années de travail où Geneviève Albert a fait des recherches, recueilli des témoignages, rencontré différents acteurs du milieu. Sept années, où elle a baigné dans cet univers parallèle, pourtant bien réel. En passant plusieurs mois dans les centres jeunesse, la réalisatrice a entendu parler de « ces jeunes filles qui se faisaient parfois recruter à même les centres pour se prostituer ».

Avec son premier long métrage, la réalisatrice Geneviève Albert montre sans ménagement la prostitution juvénile. Noémie dit oui dérange, bouleverse, révolte. Il met les émotions à rude épreuve, mais n’en est pas moins crucial. Malgré sa brutalité le film est subtil, mettant sous les projecteurs ces clients tout à fait ordinaires, qui défilent dans la chambre d’hôtel. Bien qu’il s’agisse d’un film de fiction, le parcours de la jeune Noémie, 15 ans, de l’abandon familial au centre jeunesse, de la fugue dans les bras d’un proxénète jusqu’à la prostitution, est pourtant presque banal tant il est courant. À la fin de son film, Geneviève Albert ne manque pas de rappeler, d’ailleurs, que l’âge moyen d’entrée dans la prostitution au Québec est de 14 ou 15 ans, selon les données du Conseil du statut de la femme.

C’est dans ce contexte que Martin Pelletier, expert de contenu pour les volets fugues et sexo, travaillant à la Structure de soutien Fugues, sexo et toxico du CCSMTL  a été approché pour participer à ce projet. Il a discuté avec la réalisatrice et l’a invitée à venir sur nos sites. Une fois que l’équipe a été prête à tourner, des scènes ont été captées au centre de réadaptation pour les jeunes filles en difficulté d’adaptation Rose-Virginie-Pelletier. Ce fit donc une expérience très intéressante pour les jeunes hébergées sur ce site.

Ce projet a permis de mettre en lumière le travail des membres qui composent la structure de soutien Fugues, sexo et toxico du CCSMTL. Cette structure vise le développement d’expertise en matière de fugues, de conduites sexuelles et de consommation. Elle a également pour mandat d’offrir un soutien proximal aux équipes de réadaptation afin de dispenser un service adapté aux besoins des jeunes fugueurs.

Car, il faut se le dire, on fait appel très souvent aux équipes de la Réadaptation adolescents et jeunes contrevenants du CCSMTL de la Direction adjointe du Programme jeunesse – dont l’équipe Structure de soutien Fugues, sexo et toxico – pour leur expertise reconnue. Ces experts répondent aux demandes médiatiques et pour des séries ou des films.

Selon Martin Pelletier, il est crucial d’être très présents auprès des jeunes afin de dépister et d’identifier ceux et celles qui peuvent être à risque d’être exploités sexuellement, de poser des actions et de faire des interventions concrètes, dans le processus de réadaptation des jeunes. Et pour ce faire, il fait des efforts concertés – bref un regroupement des ressources – pour y arriver. Le projet SPHÈRES est un bel exemple de projet de concertation.

* MISE EN GARDE : Attention au risque de revictimisation pour les jeunes qui ont déjà vécu une situation d’exploitation sexuelle. Il y a beaucoup de scènes dans le film où l’on voit des agressions sexuelles ainsi que de nombreuses scènes explicites avec les clients. Pour un(e) jeune qui a un vécu sexuel traumatique, cela pourrait déclencher de la reviviscence. Il est important de cibler les objectifs que nous voulons atteindre en visionnant ce film. Nous recommandons aux intervenants de voir le film avant d’en faire l’utilisation.

Qu’est-ce que le projet SPHÈRES?

SPHÈRES est un programme d’interventions concertées entre partenaires communautaires et institutionnels pour mieux accompagner et soutenir les jeunes Montréalais âgés de 12 à 24 ans, en situation d’exploitation sexuelle, dans leurs démarches de changement pour se construire une identité positive, développer leur autonomie et trouver leur place.

L’intervention proposée est une démarche personnalisée et centrée sur leurs besoins et leurs aspirations. Leur participation est volontaire, c’est-à-dire qu’ils doivent reconnaître avoir des activités sexuelles qu’ils perçoivent comme étant problématiques.

Le projet SPHÈRES mise sur la collaboration entre des milieux institutionnels et communautaires afin d’accompagner ces jeunes dans

L’objectif général du projet Sphères est d’encourager le partenariat et l’élaboration d’actions concertées afin d’aider les jeunes à combler leurs besoins autrement que par une implication dans des comportements d’exploitation sexuelle.

Pour en savoir davantage au sujet du film Noémie dit oui :

Noémie dit Oui, difficle mais crucial

Voir la réalité en face

«Noémie dit oui», premier long métrage cru et dérangeant de Geneviève Albert

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