La violence dans les relations amoureuses des jeunes : un enjeu préoccupant

12 février 2026
Temps de lecture : 5 minutes

Direction régionale de la santé publique

La Direction régionale de santé publique de Montréal a publié son plus récent fascicule Relations intimes chez les élèves du secondaire, issu des données de l’Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire 2022-2023. Les données peuvent surprendre: si l’on croit que la vie amoureuse des adolescents et adolescentes se déroule sans heurts, les résultats de l’enquête semblent révéler un portrait assez différent!

À Montréal, la violence dans les relations intimes à l’adolescence représente un important enjeu. Elle occasionne des répercussions sociales notables et peut avoir un impact durable sur la santé, le bien‑être et les trajectoires relationnelles des jeunes :

43 % des jeunes ayant vécu au moins une relation amoureuse au cours de la dernière année rapportent avoir subi ou infligé de la violence dans ses relations amoureuses (VRA). 

Entretien avec Salomé Lemieux
  1. Comment expliquer la hausse de la violence subie dans les relations intimes chez les jeunes ?
    Salomé Lemieux : On observe une hausse préoccupante de la violence subie dans les relations amoureuses chez les jeunes, et différents facteurs peuvent l’expliquer. D’abord, les technologies occupent maintenant une place centrale dans leur vie : elles deviennent un nouveau lieu où peuvent s’exercer contrôle et pression en relation. La pandémie et l’isolement social ont aussi pu fragiliser les jeunes et les relations.

    On voit également une augmentation des relations sexuelles forcées, mais cela s’accompagne souvent d’une meilleure reconnaissance des violences. L’amplification du mouvement #MeToo et les campagnes sur le consentement des dernières années ont pu contribuer à libérer la parole et à permettre aux jeunes de dénoncer des situations qui étaient autrefois taboues ou minimisées.

    On observe que les filles rapportent subir davantage de violence dans leurs relations intimes que les garçons. Cela peut s’expliquer en partie par la socialisation des filles, qui les encourage souvent à éviter le conflit et à préserver la relation. Cela les rend plus vulnérables aux pressions et aux comportements de contrôle. De plus, les garçons tendent souvent à sous‑déclarer la violence subie : la honte et l’idée de devoir être “fort” peuvent freiner la reconnaissance et la divulgation de la violence qu’ils vivent. En somme, on voit plus, on reconnaît mieux… et les inégalités de genre semblent rester bien présentes dans les dynamiques amoureuses des jeunes.

  2. Est-ce qu’il y a des jeunes plus à risque que d’autres ? Quels seraient des facteurs de risques ?

    Salomé Lemieux : Oui, certains jeunes sont davantage à risque de vivre de la violence dans leurs relations amoureuses. On sait que différents facteurs peuvent augmenter leur vulnérabilité. Par exemple, une consommation problématique d’alcool ou de drogues, de la détresse psychologique ou une faible estime de soi sont associées à un risque plus élevé. Les jeunes qui rencontrent des difficultés de communication ou de gestion des conflits peuvent aussi être plus vulnérables. Il est important de noter que ce n’est jamais un seul élément qui explique la vulnérabilité : c’est plutôt l’accumulation de plusieurs facteurs qui, ensemble, augmentent le risque de vivre de la violence dans les relations amoureuses. Et surtout, plusieurs de ces facteurs peuvent aussi être une conséquence de la violence vécue. Par exemple, un jeune peut développer de la détresse psychologique ou une faible estime de soi après avoir subi de la violence. Cela montre à quel point ces situations sont complexes et doivent être abordées avec nuance.

  3. Sommes-nous face à un fléau ? Quelles nuances peut-on apporter?

    Salomé Lemieux : Je n’irais pas jusqu’à parler de fléau, mais ce sont certainement des données préoccupantes. À Montréal, le fait que 43 % des jeunes déclarent avoir subi ou infligé de la violence dans leur relation amoureuse est un signal qui doit nous mobiliser. On souhaite clairement voir la situation s’améliorer.

    Ces chiffres nous rappellent surtout que chacun a un rôle à jouer, en tant qu’ami, parent, intervenant, milieux scolaires ou même les décideurs. L’essentiel, c’est d’agir collectivement pour aider les jeunes à développer des relations égalitaires et exemptes de violence.

  4. Quelles pistes d’actions devrait-on prioriser ?

    Salomé Lemieux : Plusieurs pistes d’action se dégagent pour mieux prévenir la violence dans les relations intimes chez les jeunes. D’abord, il faut les aider à développer un véritable “coffre à outils” pour faire face aux difficultés. Par exemple, nous pouvons les outiller dans la gestion des émotions, la résolution des conflits ou la connaissance de soi. Mais on ne peut pas seulement outiller les jeunes : il faut aussi qu’ils se sentent soutenus et en sécurité pour utiliser ces outils.

    Les adultes qui entourent les jeunes jouent un rôle clé. Une supervision attentive mais non intrusive, une communication ouverte, et surtout, une écoute sans jugement peuvent faire une grande différence. Faciliter l’accès aux ressources d’aide dans les écoles, les organismes communautaires ou les services de santé est également essentiel. Chaque conversation compte, même si elle ne se déroule pas parfaitement : elle rappelle au jeune que notre porte reste ouverte.

    Si un jeune se confie à nous, l’important est de garder son calme, d’écouter, de respecter son rythme et de souligner son courage. Dans tous les cas, il est important de demander de l’aide auprès de ressources comme Tel‑Jeunes ou le 811, qui pourront guider dans l’accompagnement du jeune.

  5. Quel rôle la santé publique peut jouer pour agir contre la violence ?

    Salomé Lemieux : La santé publique joue un rôle essentiel dans la prévention de la violence et la promotion des relations saines et égalitaires. Concrètement, nous travaillons en partenariat avec les milieux scolaires, les services de santé, les organismes communautaires, la Ville et les milieux de la recherche pour soutenir et outiller les jeunes. L’objectif, c’est de leur offrir des environnements où ils se sentent réellement en sécurité et où ils peuvent développer des relations saines.

    Cependant, nous observons des besoins grandissants sur le terrain, et il est important que les ressources suivent cette réalité. Notre enquête met en lumière l’ampleur des besoins des jeunes; maintenant, tout l’enjeu sera de s’assurer que les services et les interventions disposent des ressources suffisantes pour poursuivre, se renforcer et s’adapter à l’ampleur de ces besoins.

À Montréal:
  • 34 % des jeunes rapportent avoir vécu une relation amoureuse au cours de la dernière année.
  • 8 % des jeunes de 14 ans et plus rapportent avoir subi au moins une relation sexuelle forcée au cours de leur vie, une proportion en augmentation depuis le dernier cycle d’enquête.
  • Les filles rapportent plus souvent subir de la violence que les garçons, et certains groupes de la population montréalaise sont particulièrement vulnérables à la violence.

Consultez les plus récentes données issues de l’Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire 2022-2023.

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