Le vieillissement comme mission

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Au fil de sa carrière, Dre Sylvie Belleville a exploré plusieurs facettes de la neuropsychologie : la pratique clinique, la recherche et l’enseignement, entre autres. Un parcours qu’elle décrit avec passion lorsqu’on la rencontre sur son lieu de travail, le Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal (CRIUGM).

À l’occasion du Mois de la psychologie, cette professionnelle aguerrie revient sur les moments marquants qui ont façonné son engagement et les projets qui la fascinent toujours.

Une voie toute tracée

« Assez rapidement, j’ai voulu faire de la psychologie. J’étais intéressée par l’idée de décortiquer l’esprit humain. » nous dit-elle d’entrée de jeu.  Si plusieurs métiers de la relation d’aide l’attiraient, c’est un événement familial — l’AVC d’un proche, survenu alors qu’elle était adolescente — qui ancre définitivement sa curiosité pour la neuropsychologie et la nécessité d’intervenir mieux.

D’abord psychologue clinicienne, elle s’engage ensuite dans des études doctorales où elle approfondit la neuropsychologie et la plasticité cérébrale. « La neuropsychologie comme science, c’est l’étude des liens entre le cerveau et le comportement et la cognition en général tandis que la neuropsychologie clinique s’intéresse à l’impact des lésions ou troubles neurodéveloppementaux sur le comportement », explique Dre Belleville.

Le vieillissement comme mission

C’est l’ouverture d’un poste de clinicienne à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal (IUGM) qui l’amène, un peu par hasard, à s’intéresser au vieillissement. Les rencontres marquantes de ses débuts confirment rapidement cette nouvelle orientation. Elle y découvre une équipe exceptionnelle : « J’ai rencontré des cliniciens et cliniciennes extraordinaires, une équipe de neuropsychologie d’une grande force — encore aujourd’hui d’ailleurs! — avec une vision de l’importance de l’intervention. Une révélation! »

 

« Le vieillissement, pour moi, ça a été une véritable ouverture. » En tant que clinicienne, elle travaille principalement auprès de personnes âgées vivant avec des AVC, la maladie de Parkinson ou une maladie d’Alzheimer débutante. En plus de contribuer au diagnostic, la neuropsychologue faisait de la rééducation individuelle, ce qui était novateur à l’époque : « On avait une approche qui ressemblait à l’investigation scientifique : Qu’est-ce qui est atteint chez cette personne? Comment je peux utiliser ses forces pour compenser ce qui est atteint? »

Une carrière aux multiples facettes

Le parcours de Dre Sylvie Belleville est marqué par une diversité peu commune. Professeure à l’Université de Montréal, puis directrice du CRIUGM, elle s’investit également au sein du Réseau québécois de recherche sur le vieillissement, réunissant près de 400 membres autour des enjeux du vieillissement à l’échelle de la société. Puis elle s’intéresse au diagnostic précoce et elle cofonde le Consortium pour l’Identification Précoce de la Maladie d’Alzheimer-Québec (CIMA-Q). Ce dernier permet de suivre des individus avec un trouble cognitif léger, mais ne présentant pas encore de signes évidents de maladie d’Alzheimer, sur le long terme afin de mieux comprendre les mécanismes précoces de la maladie.

« Pour moi ç’a été parfait, car tous ces rôles se nourrissaient mutuellement. » affirme-t-elle, les yeux brillants.

Dre Belleville a également participé ou mené plusieurs projets d’importance : d’abord le développement et l’évaluation d’interventions cognitives rigoureuses pour les personnes âgées, un axe devenu central dans sa carrière, puis l’utilisation de la neuro-imagerie pour observer comment le cerveau s’active pendant des tâches et comment ces activations changent après des interventions.

Le regard tourné vers l’avenir

Toujours passionnée, Dre Belleville s’intéresse à la prévention de la maladie d’Alzheimer : « Des méta-analyses très récentes montrent que la maladie d’Alzheimer est en très grande partie liée à des facteurs de risque modifiables, c’est-à-dire des facteurs qu’on peut modifier comme individu! L’activité physique, la nutrition, le fait d’entendre et de voir bien, les interactions sociales, la santé vasculaire et le sommeil par exemple. » Elle a d’ailleurs participé, avec d’autres chercheurs et chercheuses du Canada, à la création d’une plateforme web pour soutenir le changement de certaines habitudes de vie. Elle est actuellement mise en œuvre et sera dévoilée prochainement.

Enfin, elle explore la possibilité de renforcer la réserve cognitive même tard dans la vie, en démontrant les effets protecteurs de l’activité physique ou cognitive introduite à un âge avancé. « Ça c’est le type de choses qui me passionnent actuellement. » conclut-elle. 

À travers tout cela, Dre Sylvie Belleville incarne une vision humaniste, scientifique et tournée vers l’avenir : celle d’un vieillissement où l’on peut agir, prévenir et maintenir l’autonomie des personnes aînées.

Merci à Dre Belleville pour son témoignage inspirant et son engagement indefectible envers les personnes aînées. Nous soulignons également le travail incroyable de l’ensemble des professionnels et professionnelles de la psychologie qui accompagne les usagers et usagères du CCSMTL au quotidien.

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