Au-delà du langage, une équipe interdisciplinaire engagée

Temps de lecture : 4 minutes

Direction des Programmes déficience intellectuelle, trouble du spectre de l’autisme et déficience physique 

 

À l’occasion de la Semaine québécoise du trouble développemental du langage, nous avons rencontré Franck Magdelaine, technicien en éducation spécialisée, Hélène Beaudoin, orthophoniste, Laurence Bouthillier, ergothérapeute et Sandrine Leclerc, psychoéducatrice. Ensemble, ces professionnels et professionnelles du Centre de réadaptation en déficience physique Raymond-Dewar (CRDP RD) nous ont parlé de leur engagement quotidien auprès des enfants, des jeunes et des adultes vivant avec un trouble développemental du langage (TDL). 

Comprendre le TDL 

Le TDL est un trouble neurologique présent dès la naissance et qui persiste à l’âge adulte, qui touche environ 7 % de la population. 

Il affecte la compréhension, l’expression, la prononciation, la construction de phrases et l’utilisation du vocabulaire. Contrairement aux difficultés de langage temporaires, le TDL ne disparaît pas avec le temps. Laurence souligne :

« Le TDL peut facilement passer inaperçu, car les personnes touchées développent des mécanismes pour fonctionner relativement bien au quotidien. Ces personnes peuvent toutefois vivre avec des défis importants pour comprendre, s’exprimer ou interagir. Ça peut aussi se manifester par des difficultés motrices, de planification, d’organisation… ça va avec les fonctions exécutives. »

Pourtant, ces difficultés peuvent avoir un impact réel sur la vie quotidienne, que ce soit à l’école, au travail ou dans les relations sociales. « Le TDL, c’est un bris de communication qui peut mener à l’isolement et au retard d’apprentissage. », résume Franck. 

Une approche interdisciplinaire 

Au CRDP Raymond-Dewar, tous les membres de l’équipe unissent leurs expertises pour offrir un soutien global aux personnes vivant avec un TDL. L’approche interdisciplinaire — qui réunit l’orthophonie, la psychoéducation, l’ergothérapie, l’éducation spécialisée, le travail social et l’orientation professionnelle — permet de répondre aux multiples besoins.

« Ce qui fait la différence, c’est qu’on travaille ensemble. », soutient Sandrine. 

Plutôt que de se centrer uniquement sur le diagnostic, l’équipe cherche à comprendre et à accompagner chaque personne dans son développement global. Car la communication est liée à bien plus que les mots : elle touche les émotions, les relations, l’autonomie et la participation sociale. 

« Ce n’est pas une heure d’orthophonie par semaine qui va tout changer », souligne Hélène. L’objectif est aussi de généraliser les acquis dans les milieux de vie, grâce à une collaboration étroite avec le réseau des personnes vivant avec un TDL.

Sandrine explique :

« Ce n’est pas juste la personne que l’on accompagne, c’est aussi la famille, les partenaires, les milieux de vie. On essaie de créer une cohérence autour d’elle »

Des exemples concrets de collaboration 

L’équipe a plusieurs histoires inspirantes à raconter, dont celle d’une petite fille suivie par trois spécialistes. Grâce à un travail concerté entre l’orthophonie, l’ergothérapie et la psychoéducation, cette enfant a pu développer son vocabulaire, améliorer son autonomie et mieux gérer ses émotions. La mère, soutenue dans sa routine familiale, a pu adapter son environnement pour favoriser les apprentissages. 

De leur côté, les groupes d’intervention du programme TEVA (Transition école – vie active) accompagnent les jeunes de 16 à 25 ans dans la construction d’un projet de vie réaliste. Ces groupes permettent aux jeunes adultes de mieux comprendre leur diagnostic, de développer leur autonomie, de connaître et d’utiliser les ressources disponibles, de créer des liens sociaux et de s’insérer dans la vie active.   

« Ce qui est beau, c’est de les voir devenir autonomes, trouver un emploi, gérer leur budget, aller au gym… »

Des pratiques innovantes 

Le Centre Raymond-Dewar se distingue par ses pratiques novatrices. Le « cirque social » en réadaptation, inspiré d’un modèle développé pour la déficience motrice, est maintenant adapté au TDL. Ce programme inclusif, unique au monde, combine loisirs, objectifs cliniques et développement personnel sur huit mois. 

D’autres groupes thématiques ont vu le jour : plein air, vélo, alimentation, gestion des écrans, affirmation de soi, attention et motricité. Ces initiatives permettent de travailler sur les forces des jeunes, de leur redonner confiance et de favoriser leur participation sociale.  

Un mot pour la Semaine québécoise du TDL 

Du 20 au 26 octobre 2025, la Semaine québécoise du TDL met en lumière un trouble encore méconnu, mais aux impacts bien réels. Elle permet de sensibiliser le public, de valoriser le travail des professionnels et des professionnelles et de rappeler que, derrière chaque diagnostic, il y a une personne avec des forces, des rêves et un potentiel à développer. 

Comme le dit si bien Hélène :

« Ce n’est pas parce qu’une personne a des difficultés de langage qu’elle ne peut pas avoir une vie satisfaisante. »

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