Ostéointégration : une équipe où brillent les physiothérapeutes

20 mai 2025
Temps de lecture : 5 minutes

Direction des programmes en déficience intellectuelle, troubles du spectre de l’autisme et déficience physique

Pour souligner le mois de la physiothérapie, nous sommes allées à la rencontre de l’équipe de la clinique d’ostéointégration de l’Institut Gingras Lindsay de Montréal (IRGLM).

L’ostéointégration est une opération destinée aux personnes amputées, qui consiste à implanter une tige de métal directement dans l’os du moignon, tout en gardant une ouverture à travers la peau. Une prothèse est ensuite fixée à la tige. Assez révolutionnaire, elle permet d’éliminer l’emboiture de la prothèse et ses désagréments, allant de l’inconfort à des blessures plus importantes.

Le succès de cette clinique n’aurait pas été le même sans l’engagement des physiothérapeutes, dont la présence et l’engagement soutiennent les équipes depuis les tout débuts.

Une implication fondatrice

Si sa pertinence semble une évidence après près de 70 opérations réussies, il aura fallu la détermination de toute une équipe pour que cette clinique prenne forme. C’est d’abord une patiente de Docteure Natalie Habra, physiatre spécialisée en amputation, qui l’informe qu’elle subira cette opération en Australie et devra être suivie à son retour. « On a voulu aller voir ce qui se faisait là-bas, alors on s’est rendus dans cette clinique reconnue comme une sommité, en équipe : physiatre, orthopédiste, physiothérapeute et prothésiste. C’est un projet collaboratif depuis le jour zéro », nous dit Dre Habra.

«On a pu rencontrer des patient.e.s et des professionnel.le.s. C’est en partie sur leur manière de faire que nous avons bâti notre propre approche», nous dit Laura Casu, physiothérapeute qui était de ce voyage. À son retour, elle a contribué à de nombreuses présentations et développé plusieurs outils de mesure. Son engagement a été un véritable moteur pour la reconnaissance et la naissance de la clinique. Alors qu’elle prendra sa retraite en novembre, elle se remémore les balbutiements du projet : «Il fallait du guts, mais on y croyait et on a embarqué dans ce projet-là!».

L’expertise à tous les instants

Les physiothérapeutes jouent un rôle important dès le départ. Danielle Petitclerc, physiothérapeute, nous explique : «Il y a d’abord les journées d’évaluation où on rencontre les patients pour voir s’ils sont candidats à l’ostéointégration». Leur analyse s’ajoute alors à celle de la physiatre, de l’orthopédiste, du psychologue, des prothésistes et autres professionnel.le.s impliqué.e.s, permettant une prise de décision ancrée dans une approche réellement interdisciplinaire.

Une fois l’intervention réalisée, Danielle est présente à l’IRGLM aux premiers instants de la réadaptation.

Danielle Peticlerc

«Lors de l’hospitalisation, ils voient l’ouverture dans la peau pour la première fois — ça saigne, c’est impressionnant. C’est aussi la première fois qu’ils bougent leur moignon. Mon rôle c’est de les accompagner dans ces moments-là. Ils vont commencer à mettre du poids sur l’implant, ils ressentir l’os, découvrir de nouvelles sensations. C’est toujours touchant de voir leurs yeux s’illuminer»

Après un minimum de deux semaines d’hospitalisation, ce sont ses collègues de la clinique externe qui prendront le relais. Marianne Dufour, physiothérapeute, en fait partie:

«On va progresser avec les aides techniques, s’assurer qu’il n’y a pas de défaut de marche ni de compensation qui s’installent, et continuer le renforcement des membres. Tous les patients et toutes les patientes arrivent avec leur histoire, il faut simplement être là et les accueillir avec beaucoup d’empathie.»

Marianne Dufour

Leur travail repose aussi sur une bonne écoute et une capacité d’adaptation. « Certains jours, cela signifie ajuster les exercices selon l’état du patient, ou simplement reconnaître qu’il faut aborder la séance autrement. » nous dit Marianne. Cette écoute s’applique aussi entre collègues comme nous le souligne Laura : « Il faut savoir poser des questions, ouvrir le dialogue, partager les savoirs ». Au cœur de leur approche, on retrouve une volonté constante de placer la personne avant tout le reste.

Un patient et une patiente témoignent

Richard Boily a été amputé à la suite d’un accident de travail survenu à la fin des années 1980. Malgré cette épreuve, il est resté très actif, allant même jusqu’à participer aux Jeux paralympiques en ski alpin. «Ma prothèse me causait toutefois beaucoup de douleur… J’ai vécu près de 30 ans avec des blessures au sang», confie-t-il.

Tout a changé lorsqu’il a pu bénéficier de la toute première opération d’ostéointégration en Amérique : «Tu retombes sans douleur, sans rien… ça change tout!»

Il a aussi tissé un lien fort avec Laura : «Je la sentais vraiment à l’écoute. Au bout d’une semaine, on était déjà comme des amis.»

Richard Boily

À la suite d’un accident de moto, Michèle Forget a subi une amputation peu après avoir emménagé seule dans un nouveau condo. Déterminée à retrouver son autonomie, elle a rapidement repris une vie active, ce qui a entraîné des complications avec sa prothèse: «Elle se décollait, je souffrais de brûlures et d’ampoules… c’était frustrant.»
L’accès à cette intervention lui a permis de regagner une indépendance significative, tout en simplifiant son quotidien : «Je me suis même remise à l’équitation», témoigne-t-elle avec enthousiasme.
Michèle souligne également le lien de confiance qu’elle a établi avec Laura et Danielle, et se dit reconnaissante de leur approche globale de la réadaptation : «Elles ont su tenir compte de l’aspect psychologique, au-delà du physique.»

Laura, Danielle et Marianne se distinguent par leur savoir-faire, leur écoute et leur remarquable engagement humain. Partout dans notre organisation, des professionnels et professionnelles de la physiothérapie tout aussi exceptionnels et exceptionnelles font une réelle différence. Merci à chacun et chacune d’entre vous.

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Un commentaire

  1. Bravo à toute notre équipe d’ostéointégration! Vous changez littéralement la vie des gens!

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