Un nouvel espace thérapeutique en psychiatrie

Temps de lecture : 6 minutes

Direction des programmes santé mentale, dépendance et itinérance

__

Courir, pédaler, bouger, libérer la tension : des gestes simples qui peuvent faire une différence lorsqu’une émotion devient difficile à contenir. C’est dans cet esprit qu’a été créée la salle de décharge motrice de l’Unité d’intervention brève en psychiatrie (UIBP), de l’Hôpital Notre-Dame.

En fonction depuis la fin du mois d’août, ce nouvel espace a été inauguré officiellement le 22 septembre dernier. Le projet est né du travail de l’équipe de l’UIBP, qui souhaitait offrir aux usagers et usagères un espace répondant à la fois à leurs besoins et à ceux des cliniciens et cliniciennes.

Du besoin de bouger à un nouvel outil de soin 

L’idée a notamment pris forme à partir d’un constat partagé par certaines personnes admises à L’UIBP, particulièrement celles dont le séjour se prolongeait.

« C’est venu aussi d’un besoin des usagers et usagères parce que certains restaient ici pour de plus longues périodes et mentionnaient vraiment le besoin de vouloir bouger. On n’avait pas d’espace pour voir les bienfaits de bouger et de se décharger, mais on voulait que nos patients et patientes puissent l’expérimenter.», explique Noémie Noiseux-Lescop, agente de planification, programmation et recherche à la  Direction des programmes santé mentale, dépendance et itinérance.

L’aménagement de la salle a donc permis de créer un environnement où les personnes séjournant à l’unité peuvent mettre en pratique ces apprentissages. L’activité physique y est intégrée à la programmation clinique inspirée de la thérapie comportementale dialectique, notamment dans l’enseignement des compétences de tolérance à la détresse et de gestion des émotions.

Différentes façons d’accéder à la salle

La salle peut être utilisée dans plusieurs contextes. Une fois par semaine, la décharge motrice est intégrée à un groupe de thérapie comportementale dialectique consacré à la régulation des émotions et la tolérance à la détresse.  

Des membres du personnel ayant reçu une formation à cet effet peuvent aussi y accompagner les personnes de l’unité qui souhaitent profiter de la salle, selon un horaire affiché à l’entrée. 

Enfin, l’accès peut se faire « à la carte ». Lorsqu’une personne de l’unité vit une émotion intense et ressent le besoin de se décharger physiquement, elle peut demander à utiliser la salle, selon la disponibilité du personnel.  

Cette souplesse permet d’adapter l’intervention à ce que la personne vit dans le moment présent.

Expérimenter les effets du mouvement 

Lors de l’inauguration, Amélie Proulx, travailleuse sociale à la Direction des programmes de santé mentale, dépendance et itinérance, et Stéphanie Lagacé-Blais, éducatrice au sein de la même direction, ont invité les personnes présentes à vivre une courte activité physique.  

Une course sur place d’une trentaine de secondes devait illustrer de manière concrète l’effet que peut avoir l’exercice intense sur l’état d’une personne. 

« L’idée de créer une salle de décharge motrice, c’est de permettre à nos usagers et usagères d’avoir un espace pour relâcher l’émotion. C’est une compétence qu’on enseigne, mais c’est aussi une façon de réduire leur vulnérabilité aux émotions », a expliqué Amélie Proulx.  

Après l’exercice, Amélie nous a fait part de ses observations : 

« J’entends rire, je vois des sourires. Et ça, c’est 30 secondes! Je veux que vous imaginiez la puissance que cet outil peut avoir pour aider les gens à réduire la colère et la tristesse », a-t-elle ajouté. 

Des résultats déjà bien concrets 

Après l’exercice d’Amélie, Stéphanie témoigne ses observations depuis l’ouverture de la salle. En effet, les usagers et usagères ont rapidement commencé à l’apprécier.  

« 25 usagers et usagères ont pu utiliser les machines et profiter de la salle », souligne Stéphanie. Elle précise que l’espace peut aussi être mis à la disposition des usagers des autres unités lorsque la salle est libre. 

Certains témoignages recueillis par l’équipe montrent déjà comment cet outil peut s’intégrer au parcours de soins. Stéphanie donne l’exemple d’un usager qui, lorsqu’il ne se sent pas bien, demande lui-même à ses intervenants de se rendre dans la salle. « Il a témoigné qu’il prend moins de médication « d’urgence » quand il a accès à la salle », raconte-t-elle. 

Elle évoque également le parcours d’une patiente qui, pendant son hospitalisation, vivait des discussions difficiles avec sa famille. Après ces échanges, celle-ci demandait à utiliser le vélo de la salle de décharge motrice et a témoigné de son appréciation pour ce service.  

Deux exemples qui montrent concrètement comment l’exercice intense peut trouver sa place parmi les outils proposés aux usagers pour traverser des moments plus difficiles. 

Faire une place à l’innovation 

Pour Yi Shen, adjoint-cadre de la Direction des programmes de santé mentale, dépendance et itinérance, la réalisation du projet témoigne d’une volonté d’améliorer continuellement les soins et les services. 

« Si on croyait vraiment à notre vision, puis qu’on voulait continuer à améliorer l’expérience de nos usagers et usagères et à transformer nos pratiques, il fallait trouver du temps pour nos équipes, il fallait trouver de la place à l’innovation », a-t-il souligné. 

Le projet trouve aussi écho dans une vision plus large des soins en santé mentale. 

« La salle de décharge motrice de l’UIBP de l’Hôpital Notre-Dame est un projet porteur. Elle traduit concrètement ce que visent les alternatives à l’hospitalisation : prévenir la crise plutôt que la contenir, outiller la personne pour qu’elle reparte avec des compétences durables et mobiliser toute l’équipe autour de son rétablissement. C’est le genre d’initiative qui contribue à inspirer l’ensemble du réseau », souligne Moana Desbiens, conseillère en santé mentale – Alternatives à l’hospitalisation, au siège social de Santé Québec qui s’est déplacée pour assister à l’événement d’inauguration. 

Ce projet prend tout son sens lorsqu’il contribue à rendre l’hospitalisation plus humaine. Le Dr Stéphane Proulx, psychiatre, a ainsi rappelé qu’un projet comme celui-ci peut vivre bien au-delà des personnes qui l’ont initialement porté. 

« Des projets comme celui-ci rendent l’épisode hospitalier plus vivant, plus humain, en dépit des difficultés et des caractéristiques spécifiques de notre clientèle. Ici, c’est notre petite interface où l’on peut peut-être penser que l’humanité va revenir dans un vécu difficile ou une crise presque intolérable », a-t-il exprimé.

Une réussite portée par toute une équipe 

La salle de décharge motrice s’inscrit dans l’orientation stratégique visant à rendre le parcours de soins plus fluide et à leur assurer une offre de services pertinente. Elle démontre surtout ce qui devient possible lorsqu’une équipe se mobilise pour transformer une idée en solution concrète.  

Vicky Kaseka, directrice des Programmes santé mentale, dépendance et itinérance, a conclu l’inauguration en remerciant toute l’équipe : «Tout est organisé pour souligner la beauté de l’initiative. C’est vraiment une équipe en or qui fait tout pour sa clientèle. Il ne faut pas oublier de le souligner et de remercier, du fond du cœur, l’équipe qui se mobilise. » 

Ce projet d’innovation est candidat à la quatrième édition au concours intrapreneurial « Dans l’œil du tigre ». 

Pour tout savoir sur Dans l’œil du Tigre, consultez sa page extranet : Extranet > Directions administratives > Qualité, évaluation, performance et éthique > DQÉPÉ – Amélioration continue et innovation  > DQÉPÉ – Programme Dans l’œil du tigre  > DQÉPÉ – Concours « Dans l’œil du tigre » – 4e édition 

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Sélection de la rédaction

Quels prix Coup de cœur avec vous sélectionnés cette année?
La mission de cœur des PRDM
La boîte à mercis fait une halte à Lucie-Bruneau
Un nouvel espace thérapeutique en psychiatrie
Père et coparent, faire équipe pour soutenir l’allaitement
Place aux finalistes du Gala Célébration de l’Excellence 2026
Quatre professionnelles au cœur de l’accompagnement des familles
Le Défi sans auto solo se termine, les petits gestes se poursuivent
Un jardin de sérénité à l’Hôpital chinois de Montréal
Reprendre et redonner confiance en l’avenir