Direction de l’enseignement universitaire et de la recherche
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Au lendemain de la Journée mondiale de la maladie d’Alzheimer, la Dre Alexa Pichet Binette, neuroscientifique spécialisée dans les biomarqueurs de la maladie d’Alzheimer, et le Dr Thomas Tannou, médecin gériatre et chercheur au Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal (CRIUGM) ont accepté, pour le Rendez-vous, de faire le point sur les avancées qui transforment la recherche et les soins. Ces spécialistes nous confirment que la recherche sur l’Alzheimer entre dans une nouvelle phase porteuse d’espoir.
Deux nouveaux médicaments changent la donne
Pendant près de vingt ans, aucun nouveau traitement contre l’Alzheimer n’avait été approuvé au Canada. L’arrivée récente du lécanémab et du donanemab marque un tournant majeur.
« Pour la première fois, nous disposons de traitements qui s’attaquent directement à la biologie sous-jacente de la maladie », explique la Dre Pichet Binette. Ces médicaments ciblent la bêta-amyloïde, une protéine qui forme des plaques toxiques dans le cerveau. En réduisant cette accumulation, ils contribuent à ralentir l’évolution de la maladie.
Des bénéfices réels, mais des limites à connaître
Concrètement, que permettent ces traitements?
« Ils ralentissent le déclin cognitif chez les personnes qui sont encore à un stade léger de la maladie, sans toutefois la guérir », précise la Dre Pichet Binette.
Selon le Dr Tannou, les études montrent que les symptômes progressent environ un tiers moins vite chez les personnes traitées. Ce ralentissement peut représenter un temps précieux pour préserver certaines capacités et maintenir plus longtemps la qualité de vie.
Ces avancées s’accompagnent toutefois de certaines limites. Les traitements peuvent notamment provoquer des œdèmes ou des saignements dans le cerveau, une complication qui touche jusqu’à une personne sur six sous traitement. Leur utilisation est donc étroitement encadrée : des examens préalables confirment la présence des plaques amyloïdes et évaluent les facteurs de risque.
« La décision de traiter ou non doit être prise en concertation avec la personne et ses proches », rappelle le Dr Tannou.
Plus tôt le diagnostic est posé, mieux c’est
Les deux médecins confirment l’importance du diagnostic précoce.
« Ces traitements sont plus efficaces lorsqu’ils sont amorcés tôt. Les personnes avec une plus grande charge amyloïde pourraient moins bien y répondre », souligne la Dre Pichet Binette.
Le Dr Tannou élargit cette logique au-delà des médicaments : « Plus nous intervenons tôt, plus nous pouvons préserver les capacités du cerveau. Cela vaut autant pour ces traitements que pour les approches non médicamenteuses comme la socialisation, la prévention ou la prise de décisions anticipées. ».
Des avancées prometteuses à l’horizon
La recherche continue d’évoluer rapidement et plusieurs innovations suscitent déjà beaucoup d’intérêt.
La Dre Pichet Binette cite notamment le trontinémab, un traitement en essai clinique qui pourrait agir plus rapidement et plus efficacement sur le cerveau. Elle souligne aussi les recherches sur la protéine tau. Essentielle au fonctionnement des cellules nerveuses, cette protéine se déforme et s’accumule sous forme d’amas toxiques dans la maladie d’Alzheimer. Bientôt, une simple prise de sang pourrait détecter ces changements. Certaines études visent même à intervenir dix à vingt ans avant l’apparition des premiers signes cliniques.
Pour le Dr Tannou, ce moment rappelle les débuts de la chimiothérapie en oncologie : les premiers traitements étaient limités, mais ils ont ouvert la voie à des avancées majeures. « Toute l’infrastructure de soin mise en place aujourd’hui pour ces traitements : biomarqueurs, IRM, suivi de perfusion, s’appliquera aux autres maladies neurodégénératives. »
L’IUGM au cœur de cette transformation
Notre établissement joue un rôle clé dans cette transformation.
- Sur le plan de la recherche, l’IUGM a rapidement mis en place l’utilisation de biomarqueurs sanguins pour détecter l’amyloïde en contexte clinique et participe activement au développement de nouveaux biomarqueurs liés à la protéine tau.
- Sur le plan clinique, les équipes médicales et infirmières ont bâti, en quelques mois, un parcours de soins complet permettant d’administrer ces nouveaux traitements. Cette mobilisation repose sur une collaboration entre la radiologie de l’Hôpital Notre-Dame, le laboratoire de Verdun et les urgences de Notre-Dame.
- Notre établissement participera également à un essai clinique de phase IV sur l’analyse des données de sécurité et est déjà sollicité pour plusieurs études de phase III.
« Les chercheurs de l’IUGM sont impliqués à tous les niveaux, de la compréhension des mécanismes de la maladie jusqu’aux approches non médicamenteuses et innovations technologiques pour accompagner les personnes atteintes et leurs proches », souligne le Dr Tannou.
Un message d’espoir
À l’occasion de la Journée mondiale de la maladie d’Alzheimer, nos deux experts livrent un message optimiste.
« Ces médicaments ne sont pas parfaits, mais ce n’est qu’un début. Il y a un véritable élan dans le développement de nouveaux traitements qui pourraient être encore plus efficaces. Je crois sincèrement qu’il y a de l’espoir », affirme la Dre Pichet Binette.
Le Dr Tannou partage cet espoir tout en rappelant l’importance de diagnostiquer tôt pour agir tôt. « La peur de la maladie et les stéréotypes qui l’entourent retardent souvent le diagnostic. Pourtant, les solutions, les recherches et les innovations se multiplient. L’avenir de la maladie d’Alzheimer est en train de changer. »
Bien que le lécanémab et le donanémab ne soient pas encore couverts par le régime public québécois, les recherches en cours, les données cliniques émergentes et les démarches d’évaluation se poursuivent, nourrissant l’espoir que ces traitements puissent devenir accessibles à un plus grand nombre de personnes au cours des prochaines années.
Merci à la Dre Alexa Pichet Binette et au Dr Thomas Tannou pour leur généreuse contribution à cet article.
Mieux comprendre comment un médicament devient couvert par le régime public au Québec
Le processus implique plusieurs acteurs.
- Le fabricant du médicament dépose une demande d’inscription à l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS);
- L’INESSS évalue le médicament en fonction de plusieurs critères;
- L’INESSS formule une recommandation au ministre de la Santé;
- Le ministre de la Santé décide de l’inscription ou non du médicament à la Liste des médicaments couverts;
- La Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) administre ensuite la couverture des médicaments inscrits sur cette liste.
Lécanémab et donanémab : où en est-on?
Lécanémab : En décembre 2025, l’INESSS a recommandé de ne pas inscrire le lécanémab sur la liste des médicaments couverts, estimant que des incertitudes demeuraient quant à son efficacité au regard des risques d’effets indésirables. La RAMQ a donc annoncé qu’elle ne le couvrirait pas. Toutefois, en août 2026, l’Agence canadienne des médicaments (ACM) a recommandé aux régimes publics du pays de couvrir ce traitement à la lumière de nouvelles données cliniques démontrant sa capacité à ralentir la progression de la maladie à un stade précoce. Pour le moment, la position du Québec demeure inchangée.
Donanémab : Homologué par Santé Canada le 1er mai 2026, le donanémab est le deuxième traitement modificateur de la maladie approuvé au Canada pour les personnes atteintes d’Alzheimer. Ce médicament n’est pas encore couvert par la RAMQ. Il devra franchir les différentes étapes d’évaluation provinciales avant qu’une décision soit prise quant à son éventuelle inscription sur la liste des médicaments couverts.
Source : Société canadienne d’Alzheimer, RAMQ, INESSS