Direction du programme de soutien à l’autonomie des personnes âgées – Hébergement
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Depuis de nombreuses années, on constate une réalité persistante dans les centres d’hébergement : des membres du personnel sont régulièrement les cibles de comportements racistes.
À l’initiative de la direction du programme de soutien à l’autonomie des personnes âgées (SAPA) – Hébergement, les équipes des 17 CHSLD de nos établissements ont assisté à une activité de sensibilisation sur le sujet. Objectif : s’autoriser à en parler.
Oser en parler
Dans le milieu de l’hébergement, les personnes qui gravitent autour des résidents et résidentes des CHSLD, et de leurs proches, sont réputées pour tenir bon face aux difficultés. Même lorsqu’elles sont directement attaquées sur leur identité, les personnes concernées peuvent avoir de la difficulté à dénoncer ou à demander de l’aide.
À l’initiative de la direction SAPA – Hébergement, notamment de Geneviève Desrosiers, conseillère-cadre, Politique d’hébergement et de soins et services de longue durée, une tournée des CHSLD a été organisée pour aborder de front le sujet du racisme envers les membres du personnel.
Geneviève Desrosiers explique : « Les membres de nos équipes peuvent être victimes de comportements racistes et c’est très douloureux. Bien sûr, les équipes prennent en considération les impacts des troubles cognitifs, mais ces situations n’en sont pas moins difficiles à vivre. Ce sujet est encore tabou, mais nous voulions en parler parce qu’il a beaucoup d’influence sur l’expérience au travail. »
C’est précisément pour ouvrir la parole sur le sujet que Geneviève Desrosiers et Bernadette Valméra, responsable de site retraitée et formatrice, sont allées à la rencontre des équipes.
Une intervention sur mesure

Bernadette Valméra a travaillé dans le réseau de la santé pendant plus de 40 ans. Aux premières loges de l’évolution des milieux d’hébergement, elle explique :
« La cohabitation de différentes cultures peut donner lieu à des situations complexes. On est en CHSLD, il y a beaucoup de cas de problèmes cognitifs… certaines personnes disent être capables de supporter les comportements racistes, d’autres avouent qu’elles ne le sont pas. Ce qui ressort de cette tournée des CHSLD, c’est que chacun et chacune vit ces situations différemment. L’objectif, c’est de dire à toutes les personnes concernées qu’elles ne sont pas seules. »
C’est là que l’activité de sensibilisation prend tout son sens. Ses objectifs principaux sont de briser l’isolement des membres du personnel, de reconnaître l’impact humain de ces situations et d’offrir des bases communes et des outils de discussion pour aborder ce sujet délicat en équipe.
L’activité de sensibilisation insiste sur l’importance de demander de l’aide à son ou sa gestionnaire et d’utiliser les ressources disponibles comme le Programme d’aide aux employés, employées et à leur famille, et les politiques organisationnelles.
Parmi les messages forts, le rôle des gestionnaires et du travail de terrain s’inscrit au centre de la démarche.
À la suite de la tournée des CHLSD, les gestionnaires ont poursuivi les discussions en équipe, pour soutenir les membres de leurs équipes, et les accompagner lorsque ces derniers et dernières en ont besoin. Par ailleurs, l’ensemble des gestionnaires de la direction ont reçu une formation en premiers soins psychologiques, afin de pouvoir soutenir les membres de l’équipe en détresse psychologique.
Comme l’explique Bernadette Valméra :
« Donner une présentation, c’est important, mais cela ne suffit pas. Il faut que les gestionnaires soient là, sur le terrain, pour offrir leur soutien. »
Enfin, Bernadette Valméra comme Geneviève Desrosiers tiennent compte d’une autre particularité des centres d’hébergement : la proximité avec les proches des résidents et résidentes.
Les comportements racistes peuvent aussi provenir des proches, et l’évitement ou le silence risquent d’aggraver les tensions. Dans ces situations, les animatrices ont invité les équipes à pratiquer une communication ouverte et respectueuse, permettant de mettre fin à ces comportements, tout en maintenant un milieu de travail et de vie sécuritaire.
« Notre but, c’est que les membres du personnel, les résidents et résidentes et les proches évoluent dans un milieu sécuritaire et bienveillant. »
Sur le terrain, l’initiative a été accueillie avec soulagement par les équipes. Plusieurs gestionnaires ont courageusement accepté de témoigner.

Amel Boukhedar, responsable de site, CHSLD Paul-Bruchési
« Je suis gestionnaire en hébergement et le racisme envers les membres du personnel, je le vois et je le vis. Ça existe depuis toujours.
Après 27 ans dans le réseau, je peux dire qu’on en vit plus qu’avant. Il y a différentes formes de racisme : quand ça vient d’un résident ou d’une résidente avec un trouble neurocognitif, je ne le prends pas de manière personnelle, sinon j’en serais malade.
Mais quand le racisme vient de personnes aptes, ou des familles, là je mets des limites. Je viens du terrain et j’y suis encore. J’ai appris à développer des mécanismes pour ne pas me laisser détruire, et j’ai beaucoup travaillé sur moi, sur la façon dont je suis perçue. Je refuse de me renfermer ou de me taire.
La tournée des CHSLD sur le sujet du racisme a été importante : elle a permis de nommer le problème et de dire aux équipes “on vous entend”.
Maintenant, à nous de poursuivre sur cette lancée. »

Arturo Sosa, préposé aux bénéficiaires – chef d’équipe, Institut universitaire de gériatrie de Montréal
« Dans mon travail comme préposé aux bénéficiaires dans un CHSLD, j’ai déjà été témoin de situations de racisme. Je me suis senti triste et aussi un peu en colère, parce que nous travaillons tous et toutes dans le même objectif : prendre soin des résidents et résidentes avec respect et dignité. Dans un milieu de vie, le respect devrait être une valeur fondamentale, autant envers les résidents et résidentes qu’envers les membres de l’équipe.
Ce type de situation fait réfléchir à l’importance de ne pas rester silencieux face à l’injustice. Même si ce n’est pas toujours facile d’intervenir, je crois qu’il est important de soutenir les collègues qui vivent ce type de situation et de rappeler que le racisme n’a pas sa place dans notre milieu de travail.
Pour moi, créer un environnement de travail respectueux et inclusif est essentiel, parce que cela influence non seulement le bien-être des membres du personnel, mais aussi la qualité des soins que nous donnons aux résidents et résidentes. »

Fatou Kamara, préposée aux bénéficiaires – cheffe d’équipe, CHSLD Paul-Bruchési
« Je travaille dans le réseau de la santé depuis près de 19 ans et, comme beaucoup d’autres, j’ai vécu du racisme, directement et indirectement. Que ce soit de la part de certains résidents, de familles ou même entre collègues, ça existe encore. Il m’est arrivé d’entendre des refus de soins simplement à cause de ma couleur de peau. Avec l’expérience, on développe des mécanismes, mais ça ne veut pas dire qu’on doit accepter que ce soit notre quotidien.
L’activité de sensibilisation a été importante, parce qu’elle a ouvert la parole. On a pu partager nos vécus, dire ce qu’on vit vraiment, sans minimiser. Ça a touché tout le monde. J’ai senti que les gens se permettaient enfin de parler, de nommer des choses qu’ils gardaient pour eux depuis longtemps.
Le soutien entre collègues est essentiel. On s’écoute, on se conseille, on se soutient. Moi-même, comme ambassadrice, des collègues viennent me voir, et je prends le temps de les écouter et de partager mon expérience. Ventiler, en parler, ça fait du bien.
Au centre Bruchési, on est une petite famille. On se sent bien soutenus par notre équipe. Ce soutien-là vient surtout des collègues. C’est cette solidarité qui nous aide à continuer. »
Merci aux membres de la direction SAPA-Hébergement d’avoir pris l’initiative d’aborder de front ce douloureux sujet.
Un merci tout particulier à toutes les personnes qui ont accepté de témoigner pour le Rendez-vous.
4 commentaires
Proche aidante et bénévole dans un CHSLD pendant de nombreuses années, j’ai malheureusement pu constater à plusieurs reprises des comportements racistes, les plus inacceptables provenant de familles ou de proches.
Merci beaucoup pour cette belle initiative, Geneviève. Mais pourquoi attendre pour faire de même dans les hôpitaux où le personnel est également victime de tels comportements?
Wow qu’elle idée! Et pourquoi ne pas faire pareil dans nos ressources intermédiaires, la ou se trouve les futurs usagers de nos CHSLD. Nous y trouvons les mêmes enjeux.
Bravo à tous pour le courage d’aborder ce sujet délicat mais douloureux, et bravo à SAPA-hébergement pour ce projet et cette tournée. Chapeau Geneviève!
Bravo pour cette initiative et aborder cette problématique plus ouvertement.