Orthésistes-prothésistes, des professions tournées vers l’avenir

Temps de lecture : 4 minutes

Direction des programmes déficience intellectuelle, trouble du spectre de l’autisme et déficience physique

À l’occasion de la Semaine des orthésistes-prothésistes du 23 au 28 février 2026, nous avons rencontré Daniel Normandin, prothésiste certifié et technicien en orthèse et prothèse à l’Institut de réadaptation Gingras-Lindsay-de-Montréal (IRGLM). Avec ses 34 ans de carrière bien remplis, il nous ouvre les portes d’une profession où se mêlent précision et profonde humanité.

Un chemin tracé dès l’enfance

Marqué très jeune par une rencontre avec un forgeron amputé de la main, qui utilisait un crochet pour travailler, et lui-même touché par l’amputation d’une jambe dans son enfance, Daniel a découvert très tôt l’univers de l’appareillage dans son regard de patient.

Après des études collégiales en orthèses et prothèses, et une certification canadienne spécialisée en prothèses, il commence sa carrière dans un centre de réadaptation, avant d’intégrer l’IRGLM. Dans ce milieu stimulant qui lui permet de toucher à tout, la prothèse est pour lui un fil conducteur. Une passion tenace.

L’évolution technologique et l’impact du sport paralympique

Pour Martine Laborde, cheffe de service orthèses-prothèses et programmes ministériels, « L’arrivée des nouvelles technologies, incluant l’impression 3D, va indéniablement changer l’approche clinique et la fabrication dans les prochaines années. ».

Carbone, alliages de titane, pieds et genoux performants avec microprocesseurs… l’évolution des technologies a transformé sa profession et le sport paralympique.

De son côté, Daniel a souvent été aux premières loges des avancées dans le domaine. Athlète paralympique et entraîneur, il a puisé dans ses expériences une expertise pointue.

Tout devient terrain de création dans sa pratique : un atelier, une piste de course, une discussion avec d’autres athlètes entre deux compétitions, ou encore la mise au point de prototypes. Comme il le dit très bien:  « L’innovation est partout, tant qu’on a des idées. »

Créativité et écoute au cœur du métier

Lorsqu’on lui demande d’expliquer sa profession, il répond simplement : « Le prothésiste est responsable de l’appareillage. Chaque prothèse est conçue et fabriquée sur mesure, ajustée, réajustée, transformée jusqu’à devenir confortable et adaptée à la vie du patient. »

Chaque appareillage est unique, car chaque personne l’est. Le défi? Concevoir un dispositif fixe pour un corps… qui change constamment au fil de la journée. Volume du membre, rétention d’eau, musculature : tout bouge. Il faut créer, ajuster, recommencer, parfois improviser. Et surtout, écouter.

Comme auprès de ce patient qui lui racontait son programme de week-end en bateau et pour qui, grâce à ces échanges qui pourraient sembler insignifiants, Martin a conçu une prothèse hydrofuge, stable et résistante aux surfaces glissantes. Une toute nouvelle solution à inventer. Comme une évidence, l’expert en lui a glané de précieuses informations dans le lien qu’il tisse avec ses usagers et usagères. Il précise «Sans écoute active, même la meilleure idée technique ne peut fonctionner. »

Une pratique profondément humaine

Dans ce métier, rien ne se fait en solo. « On ne laisse jamais les patients et patientes sans soutien, même lorsqu’on leur a fourni leur appareillage. Comme pour l’apprentissage du vélo, ça se fait graduellement et toujours avec un accompagnement. », souligne Daniel.

Autour des usagers et usagères gravitent psychologues, ergothérapeutes, physiothérapeutes, médecins, mécaniciens et mécaniciens. Le tout, dans la poursuite d’un objectif commun : les ramener à la vie la plus normale possible.

Et lorsqu’une dimension émotionnelle dépasse la compétence du prothésiste, il sait s’appuyer sur ses collègues. Il se souvient de cette usagère en détresse, incapable de faire le deuil de son membre. Comprenant que ses mots ne suffisent plus, il la dirige vers un psychologue. 

Une profession tournée vers l’avenir

Avant son départ pour une retraite bien méritée, Daniel a partagé avec nous son souhait pour la prochaine génération d’orthésistes-prothésistes. Pour lui, il est essentiel que la relève ait bien conscience de son impact sur la vie des gens. Il précise : « Le résultat de ton appareillage peut changer radicalement la vie d’une personne. Elle pourra retourner au travail, redevenir autonome. C’est extraordinaire. »

Merci, Daniel, d’avoir partagé avec nous ton histoire. Elle nous rappelle que derrière chaque appareillage, il y a une vie à reconstruire et toute une équipe qui y contribue.

Le saviez-vous?
  • L’équipe de l’IRGLM dans le secteur Orthèse-prothèse est composée de 18 techniciens et techniciennes en orthèse-prothèse : 10 dans le secteur prothèse membre inférieur, 3 dans le secteur prothèse membre supérieur, 2 dans le secteur orthèse et 3 dans le secteur podo-chaussure.

  • Il n’y a pas si longtemps, les prothèses étaient faites en bois.

  • Le plus vieil appareil prothétique connu au monde est un orteil égyptien! Une prothèse d’orteil en bois et cuir datant d’environ 950–710 av. J.-C. a été retrouvée sur une momie en Égypte. C’est l’un des plus anciens dispositifs prothétiques fonctionnels connus.

  • Les orthésistes-prothésistes jouent un rôle clé en médecine sportive. Ces spécialistes conçoivent des orthèses (genou, cheville, pied, etc.) qui optimisent la performance, corrigent la biomécanique, préviennent les blessures (fasciite plantaire, tendinite achilléenne, stress fractures…) et soutiennent les athlètes de haut niveau.

2 commentaires

  1. Le service orthèse-prothèse de l’IRGLM est un milieu unique rempli d’employés créatifs et à l’écoute des besoins de la clientèle. Il est reconnu partout au Québec pour son expertise et sa capacité de trouver des solutions innovantes aux défis de la vie quotidienne des usagers. C’est une équipe inspirante (comme Daniel en témoigne) de qui je garde tant de bons souvenirs.

  2. Chaque fois que je vois quelqu’un avec une prothèse, je me dis que c’est peut-être notre équipe orthèse-prothèse de l’IRGLM qui l’a fabriquée! Votre travail et celui de toute l’équipe change des vies!

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Sélection de la rédaction

Célébrons les équipes de soins
Un impact immense, profondément humain
Les Canadiens sont là : le flambeau porté jusque dans nos résidences
Un petit papillon pour un grand changement
Vos données sont-elles en sécurité?
Une communauté toujours bien vivante et active au cœur du réseau du CCSMTL
Votre voix compte : répondez à notre sondage
Des soins de fin de vie résolument humains
La fin de vie dans les yeux des médecins qui l’accompagnent
La boîte à mercis : les vedettes de la PCI