Communauté CCSMTL
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Le rôle des Québécoises a grandement évolué au fil du temps. À l’époque de la colonie, les femmes étaient confinées à la sphère privée et leur rôle se limitait à celui de mère de famille ou de religieuse. Entre 1700 et 1760, le taux de fécondité en Nouvelle-France était d’ailleurs l’un des plus élevés jamais observés au monde, avec une moyenne de 7 à 8 enfants pour chaque femme.
De piliers de la famille à travailleuses essentielles
Pilier du noyau familial et collaboratrices de leurs époux, les femmes à cette époque devenaient parfois investies de pouvoir quand ces derniers étaient dans l’incapacité de gérer les affaires de la famille. D’autres femmes étaient soignantes, éducatrices ou encore fondatrices d’ordres religieux. D’ailleurs, certaines religieuses assumaient un rôle de gestionnaire dans les hôpitaux et les écoles.
Au cours des siècles suivants, ce rôle s’est redéfini et les Québécoises ont graduellement pris part à la vie publique pour devenir des personnes actives sur tous les plans, qui occupent, depuis, une place prépondérante dans tous les secteurs de la société, de l’économie et du marché du travail.
En effet, au XIXe siècle, plusieurs femmes — tout en vaquant à leurs occupations domestiques — iront aussi travailler en usine. Plusieurs d’entre elles, conscientes des inégalités et de la détresse de leurs concitoyennes, se mobiliseront et s’activeront pour contrer les difficultés qui découlent de l’industrialisation et de l’urbanisation.
À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, une forme de révolution s’est exercée au Québec : des femmes décident de former des associations pour faire valoir leurs droits. C’est le début du féminisme. Les priorités des femmes s’articulent autour de l’obtention du droit de vote, de l’accès aux études supérieures, de la santé, de l’amélioration des conditions de travail et du développement des services sociaux. Notons que c’est en 1825 qu’un premier recensement portant sur la participation des femmes au marché du travail a été effectué.
Piloté par Jacques-Viger, le recensement de la ville de Montréal a permis de constater qu’au moins une Montréalaise sur cinq exerçait une occupation outre ses activités ménagères. On estimait alors que les femmes constituaient plus de 25 % de la population active de la ville.
Parmi elles, près de 56 % étaient des domestiques et plus de 26 %, des journalières
Tout droit vers le vote pour toutes
Au Québec, les années 1940 ont constitué un tournant majeur dans la lutte menée par les femmes pour faire reconnaître certains de leurs droits. Durant la Deuxième Guerre mondiale (à l’instar de la Première), les femmes ont pris leur place hors de leur foyer. Elles ont contribué à l’effort de guerre en travaillant comme infirmières dans l’armée ou comme ouvrières dans l’armement et l’aéronautique.
C’est en 1941 que les Québécoises peuvent voter pour la première fois, lors d’une élection partielle. Ce n’est pas trop tôt lorsqu’on sait que le droit de vote des femmes a été octroyé:
- En Nouvelle-Zélande en 1898
- En Australie en 1901
- En Finlande en 1906
- En Norvège en 1913
- Au Danemark et en Islande en 1915
- En Russie en 1917
- En Arménie, en Hongrie, au Royaume-Uni, en Irlande, au Canada* (seulement pour les élections fédérales), en Pologne, en Géorgie, en Autriche, en Allemagne, en Azerbaïdjan, en Estonie, en Lettonie et en Lituanie en 1918
- Aux Pays-Bas, au Luxembourg et en Suède en 1919
- En Albanie, aux États-Unis et en Tchécoslovaquie en 1920
- En Belgique en 1921
- En Roumanie et en Turquie en 1923
- En Mongolie en 1924
- En Inde et au Liban en 1926
- En Uruguay en 1927
- En Équateur en 1929
- En Afrique du Sud et en Grèce en 1930
- Au Portugal, au Sri Lanka et en Espagne en 1931
- Aux Maldives, en Thaïlande et au Brésil en 1932
- À Cuba en 1934
- Aux Philippines et en Birmanie en 1935
- En Ouzbékistan en 1938
- Au Salvador en 1939
…
* Toutes les Canadiennes âgées de 21 ans et plus « qui possèdent les qualités qui donneraient à une personne du sexe masculin le droit de voter » obtiennent le droit de vote au fédéral, en reconnaissance de leur participation à l’effort de guerre, en vertu de la Loi ayant pour objet de conférer le droit de suffrage aux femmes. Après 1925, seules les Québécoises seront privées du droit de vote au provincial.
Encore du chemin à parcourir
Pour sa part, la France a octroyé le droit de vote aux femmes en 1945, en même temps que le Japon, l’Italie, la Yougoslavie, la Croatie et la Slovénie.
Le dernier pays (officiellement) à avoir accordé le droit de vote aux femmes est l’Arabie Saoudite en 2011 (mais ce droit de vote a été actualisé en 2015).
Il faut savoir que le Brunei, le Yémen et l’Afghanistan refusent toujours le droit de vote aux femmes. Quant à la Corée du Nord, les femmes ont le droit de voter depuis 1948, mais il n’existe qu’une seule option de vote : celle de Kim Jung Un!
À noter aussi qu’au Vatican, les femmes sont privées du droit de vote puisque le conclave est réservé aux prêtres et que l’Église n’ordonne pas de femmes.
Le saviez-vous?
Un premier droit de vote pour les femmes au Bas-Canada en 1791… de courte durée!
En 1791, l’Acte constitutionnel donne la qualité d’électeur à tous les propriétaires, sans distinction de sexe. Par omission, des femmes propriétaires — célibataires et veuves pour la plupart — obtiennent le droit de vote et l’exercent.
Elles sont les seules femmes de l’Empire britannique à avoir ce droit. En 1834, un projet de loi est déposé par le Parti patriote de Louis-Joseph Papineau afin d’enlever ce droit aux femmes ; les bureaux de scrutin étant considérés comme « dangereux pour le sexe faible ». Le projet est rejeté par Londres, mais, en 1849, le Parlement du Canada-Uni retire ce droit à la population féminine.
Des transformations sociétales, jusqu’au libre choix de disposer de leurs corps
La décennie 1960-1970 est celle de la Révolution tranquille, une période de transformation et de modernisation caractérisée par l’action profondément réformiste et nationaliste du gouvernement du Québec de l’époque.
La Révolution tranquille se définit essentiellement par une série de réformes sociales, économiques et politiques à l’intérieur d’un cadre démocratique et d’une économie libérale renforçant l’intervention de l’État dans la vie des citoyens, en écartant en quelque sorte celle de l’Église et du clergé, omniprésente jusque-là, et qui a contribué au retard du droit de vote des femmes au Québec.
Dans la décennie 1960, le modèle féminin est revu. Quant aux années 1965-1989, elles ont été marquées — entre autres — par des mobilisations féministes pour l’égalité et elles représentent une période riche en revendications.
C’est durant cette époque qu’ont été reconnus l’égalité entre les sexes et l’accès à l’éducation supérieure, à la contraception et à l’avortement. Davantage éduquées, les femmes sont plus présentes sur le marché du travail, mais la société ne leur offre, alors, que peu de soutien. Bien qu’elles puissent désormais occuper des emplois traditionnellement masculins, du travail reste à faire pour accéder à certains postes et être rémunérées comme leurs collègues hommes.
Les femmes s’organisent au sein de groupes politico-militants, syndicaux ou communautaires pour dénoncer les inégalités entre les femmes et les hommes, faire entendre leurs préoccupations sociales et formuler leurs revendications. En 1969, le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau modifie la loi pour légaliser l’avortement dans les situations où la santé de la femme est mise en danger par la grossesse. L’avortement est autorisé seulement dans des hôpitaux agréés et après approbation par un comité de médecins. La légalisation de l’avortement est réclamée depuis 1967 par l’Association médicale canadienne, tandis que la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC) ne s’exprime pas à ce sujet.
Une grande manifestation pour l’avortement est organisée en 1979 : Les femmes du Québec réclament le droit à l’avortement libre et gratuit pour toutes.
Ainsi, en 1988, la Cour Suprême statue que l’avortement au Canada est légal, sans restriction, à tous les stades d’une grossesse.
Quelques dates importantes
- 1967 Création de la première clinique de planification des naissances à l’Hôpital Notre-Dame de Montréal.
- 1969 Par l’adoption du « Bill omnibus », le Parlement canadien décriminalise la contraception, l’avortement thérapeutique et l’homosexualité. L’adoption de ce projet de loi est déterminante sur l’évolution de la situation des femmes québécoises et canadiennes.
- 1973 Création du Conseil du statut de la femme par le gouvernement du Québec pour répondre aux pressions du mouvement des femmes. Le Conseil a le double mandat d’aviser le gouvernement et de faire la promotion de l’égalité entre les hommes et les femmes.
- 1975 Les premières maisons d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale voient le jour grâce à l’initiative de femmes issues de différents milieux et de groupes de femmes. Avant cette date, seules les communautés religieuses offraient des refuges pour les femmes qui devaient quitter le domicile conjugal.
- 1978 Congé de maternité : l’Assemblée nationale modifie la Loi sur le salaire minimum et institue un congé de maternité de 18 semaines. De plus, un programme d’allocations de maternité est instauré pour combler le délai de carence de deux semaines de l’assurance-chômage. Les travailleuses des secteurs public et parapublic obtiennent des congés de maternité comparables à ceux offerts en Europe. Il s’agit d’une première en Amérique du Nord.
Comme on le voit en ce moment un peu partout sur la planète — et près de nous — les droits, souvent durement acquis, sont fragilisés. Soyons vigilantes afin de faire en sorte que ces droits soient respectés.
3 commentaires
Il ne faut surtout pas oublier les sages paroles de Simone de Beauvoir : « Rien n’est jamais définitivement acquis. Il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question ».
En 1977, les Nations Unies ont officialisé cette journée, invitant tous les pays à célébrer une journée en faveur des droits des femmes21. Chaque année, un thème spécifique est choisi pour mettre en lumière différents aspects de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes. En 2025, le thème est « Pour TOUTES les femmes et les filles : droits, égalité et autonomisation
Nos droits sont récents et sont menacés. Restons alertes et surtout, impliquées!