Diane Lebel, Service des communications et du marketing
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La médecine n’a pas toujours été celle que l’on connaît aujourd’hui! Il aura fallu près de trois siècles pour passer de la naissance de la médecine aux fulgurants développements de la médecine contemporaine.
Les balbutiements de la médecine en sol québécois
Qui ne se rappelle pas avoir lu un passage consacré au scorbut dans son livre d’histoire du Québec ou d’histoire du Canada?
Les premiers Européens qui ont foulé le sol de Québec se sont rapidement retrouvés aux prises avec cette bien vilaine maladie qui a décimé l’équipe de Jacques-Cartier au cours de l’hiver 1535.
Les médecins étaient débordés, les épidémies étaient nombreuses et s’avéraient très meurtrières.
À l’époque, l’Église catholique considérait la maladie comme un avertissement ou un châtiment de Dieu. Pour guérir, les chrétiens devaient d’abord soigner leur âme. Médicament miracle? La prière! Ça va de soi…
Soyons de bonne humeur!
Selon la théorie des humeurs, vénérée depuis l’Antiquité, la santé repose sur l’équilibre de quatre « humeurs » dans l’organisme : le sang, le flegme, la bile jaune et la bile noire.
Alors pour conserver la bonne santé, il fallait rétablir l’équilibre de ces humeurs au moyen de la saignée, des lavements, des vomitifs, et autres réjouissances. On pouvait aussi corriger le degré de chaleur et d’humidité grâce à des remèdes ou aliments… comme le vin!
L’expression « être de bonne (ou de mauvaise) humeur », née de ce concept, est encore fort courante aujourd’hui!
Chasser la folie
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, on ne comprenait pas vraiment les troubles de l’esprit. La folie était souvent confondue avec la criminalité et on ignorait si le fou était possédé par le diable ou si le problème était de nature physique.
Pour les cas graves, l’Église recommandait systématiquement l’exorcisme comme méthode de guérison.
Autres solution : l’enfermement, seul « traitement » possibles pour les insensés! Et lorsque les patients étaient en crise, les moyens utilisés étaient la contention, ou encore, l’isolement en cage de fer pour contrôler les mouvements.
Certains croyaient que la folie était de source purement physique. Alors pour la guérir, diverses méthodes « thérapeutiques » ont été inventées, comme la machine rotative : on attachait le patient sur une chaise et on le faisait tourner sur lui-même pendant des heures, parfois des jours entiers, afin de faire « monter le sang au cerveau ». Les nausées et vomissements qui en découlaient étaient considérés comme bénéfiques!
Dans la même optique, on donnait des bains-surprises à l’eau froide aux malades. Des saignées sur la tête pouvaient également être pratiquées pour calmer les patients. Ces procédés des plus douteux ont été largement utilisés jusqu’à la fin du XVIIIe siècle!
Les deux visages de l’amour
Les milliers de soldats et de matelots de passage à Québec étaient particulièrement à risque de « maladies vénériennes », qui sont en 1860 un véritable fléau de l’hygiène publique. Parmi les plus redoutées : la gonorrhée, qui pouvait rendre stérile, et la syphilis, qu’on appelait aussi vérole.
Considérées, elles aussi, comme des altérations des fameuses humeurs, ces maladies ont longtemps été soignées par des purgatifs, des saignées et autres moyens de « nettoyer le corps », puis traitées par un onguent à base de mercure.
Celui-ci était si répandu pour traiter la syphilis qu’un proverbe a été créé en son honneur : « Une nuit avec Vénus, une vie avec Mercure ».
Il faut souffrir pour être en bonne santé
La science a également amené d’heureux bienfaits sur le plan de la douleur. Car durant quelques siècles, il faut savoir que les opérations étaient effectuées à froid : seule l’administration d’alcool ou d’opium permettait d’engourdir un peu les sens du patient et de rendre les chirurgies plus tolérables.
Il fallait souvent plusieurs personnes pour tenir le malheureux opéré et éviter les mouvements involontaires occasionnés par la douleur. Une opération tenait davantage du combat que du traitement!
La découverte de l’anesthésie n’est pas reliée à la médecine, mais à la dentisterie! En 1844, un dentiste américain du nom de Horace Wells assistait à une fête foraine où un amuseur public faisait la démonstration du gaz hilarant qui « pouvait véhiculer l’assistance vers des transports paradisiaques, des exaltations sublimes. » Dès le lendemain, le dentiste administra ce gaz (protoxyde d’azote) pour l’extraction d’une dent. C’était la première opération sous anesthésie!Pourtant tous les médecins ne sont pas enthousiastes à l’idée d’utiliser l’anesthésie lors des opérations. Fort heureusement, l’idée de recourir à l’anesthésie fait son chemin et la technique sera perfectionnée!
L’ère du progrès médical, mais…
Le XIXe siècle est une ère de progrès et de grands changements sur le plan médical.
Aux yeux de la population, les « docteurs » n’étaient pas les seuls à pouvoir soigner. Loin de là! L’art de soigner était aux mains des médecins, des chirurgiens, des sages-femmes, des apothicaires, des dentistes, mais aussi des « ramancheurs » et « guérisseurs ».
Ce n’est qu’en 1788 que la profession est encadrée. L’ordonnance du gouverneur Dorchester vient alors structurer la pratique médicale, en imposant le passage d’un examen et l’obtention d’une licence de pratique.
Source : Docteurs, guérisseurs et fossoyeurs — la médecine à Québec du XVIIe siècle au XIXe siècle — Les services historiques Six-associés, édition Septentrion (2015)
L’histoire de la médecine est fascinante! Son évolution l’est tout autant.
Pour aller plus loin
- https://ici.radio-canada.ca/ohdio/premiere/emissions/aujourd-hui-l-histoire/segments/entrevue/416419/ramancheur-entorse-fracture
- https://www.cfqlmc.org/bulletin-memoires-vives/bulletins-anterieurs/bulletin-n-25-mai-2008/la-medecine-en-nouvelle-france-les-chirurgiens-de-montreal-1642-1760#:~:text=En%20Nouvelle%2DFrance%2C%20depuis%20la,assur%C3%A9e%20surtout%20par%20des%20chirurgiens.
- https://zonecampus.ca/un-peu-dhistoire-petite-histoire-de-la-pratique-medicale-en-nouvelle-france/
- https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/histoire-de-la-medecine-jusqua-1950
Un commentaire
L’histoire ,c’est toujours intéressant. Merci.