Pour la vérité et la réconciliation, des gestes qui font la différence

Temps de lecture : 4 minutes

Communauté Centre-Sud

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À l’occasion de la Journée de la vérité et de la réconciliation, soulignée le 30 septembre, la réconciliation est souvent abordée sous l’angle de l’histoire et de la mémoire collective. Mais comment la réconciliation se traduit-elle concrètement dans les soins de santé?

Pour le Dr Mathieu Bohémier Bernard, médecin à l’urgence de l’Hôpital Notre-Dame, elle se manifeste d’abord dans la façon d’entrer en relation avec les personnes et de reconnaître leur réalité. Cette perspective s’est notamment façonnée au cours de sept années qu’il a passées à pratiquer auprès des communautés inuites du Nunavik, une expérience qui lui a permis de développer une profonde considération envers les peuples inuit et des Premières Nations.

Un accueil adapté

Pour le Dr Bohémier Bernard, tout commence par une approche fondée sur l’ouverture et la sensibilité culturelle. « Lorsqu’il s’agit d’un patient inuit que je reconnais à son nom de famille, je tente de le saluer en inuktitut », explique-t-il.

Dès le premier contact, il offre également un service d’interprète et choisit de se présenter par son prénom, comme il est d’usage dans plusieurs communautés du Grand Nord.

Ces attentions peuvent sembler modestes, mais elles contribuent à créer un climat propice aux échanges.

Dr Bohémier Bernard
Quand la relation se construit ou se fragilise

À l’urgence, les personnes qui consultent se trouvent souvent en situation de vulnérabilité et ont besoin d’empathie et de bienveillance. Cette réalité est particulièrement présente chez les personnes autochtones, qui peuvent porter avec elles des expériences difficiles.

Selon le Dr Bohémier Bernard, la qualité des premiers échanges influence directement la prise en charge. Une personne qui se sent accueillie et comprise sera généralement plus encline à participer activement à sa démarche de soins.

À l’inverse, certaines attitudes peuvent rapidement créer une distance. « Imposer le français à tout prix est une faute à éviter, qui brise la confiance et engendre une dynamique de dominance et de colonisation complètement néfaste », souligne-t-il.

À ses yeux, la sécurisation culturelle passe aussi par la curiosité et l’humilité : prendre le temps de demander à la personne comment elle préfère communiquer ou quelles sont ses attentes envers la rencontre permet souvent d’établir un dialogue plus efficace.

Déconstruire les préjugés

Le Dr Bohémier Bernard estime que certains préjugés à l’égard des peuples autochtones demeurent présents dans la société et, parfois, dans le réseau de la santé. « Les personnes autochtones sont trop souvent étiquetées rapidement », souligne-t-il.

Selon lui, ces perceptions ignorent les conséquences durables des traumatismes historiques vécus par plusieurs communautés. « Ce sont des gens et des peuples extrêmement résilients qui ont toute mon admiration, et que les gens gagneraient à connaître davantage », affirme-t-il.

Une approche qui profite à tout le monde

Pour le Dr Bohémier Bernard, les retombées d’une approche culturellement sécurisante dépassent largement la relation entre soignant et patient.

En favorisant une meilleure compréhension mutuelle, elle contribue à une meilleure adhésion aux traitements, à de meilleurs résultats cliniques et, potentiellement, à une diminution des complications et des réadmissions.

Il rappelle toutefois qu’une amélioration durable de la santé des peuples autochtones passe également par des changements plus larges, notamment l’amélioration des conditions socioéconomiques et une plus grande autonomie des communautés.

Un conseil pour commencer

Aux membres du personnel qui souhaitent poser un premier geste concret, le Dr Bohémier Bernard propose une approche toute simple : « Demandez à vos patients de vous enseigner quelques mots de leur langue. Démontrez de l’ouverture et de l’intérêt envers eux et leur culture. »

Pour lui, la réconciliation ne repose pas sur de grands symboles, mais sur des actions concrètes qui témoignent d’une volonté de mieux comprendre l’autre. C’est dans ces moments du quotidien que se construisent des soins plus humains, inclusifs et adaptés aux réalités des personnes autochtones.

Le 30 septembre, portons l’orange

La Journée nationale de la vérité et de la réconciliation est l’occasion de rendre hommage aux survivantes et survivants des pensionnats autochtones, à leurs familles ainsi qu’aux enfants qui ne sont jamais revenus chez eux.

Porter un chandail orange est un geste de solidarité et de mémoire. C’est aussi un rappel que la réconciliation se construit dans nos actions quotidiennes, notamment par notre ouverture aux réalités des peuples autochtones.

Au-delà du symbole, cette journée nous invite à faire preuve d’écoute, d’humilité et de sensibilité culturelle dans nos interactions. Des gestes simples qui contribuent à créer des milieux plus accueillants et sécurisants pour les personnes autochtones que nous accompagnons.

Le 30 septembre, portons l’orange et poursuivons nos efforts vers des pratiques toujours plus inclusives et bienveillantes.

Pour en savoir plus sur la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation et sur l’histoire du chandail orange, consultez la page du gouvernement du Canada.

Un commentaire

  1. Je trouve très inspirante votre réflexion concernant la réalité historique, actuelle des peuples autochtones et votre invitation bienveillante envers eux pour les soutenir dans leur résilience vers une posture d’inclusion et de réconciliation dans notre monde d’aujourd’hui.

    MERCI!

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